A quand un Own Art français ?
Own Art : mode d’emploi
Lancé en avril 2004 en Angleterre, le programme Own Art vise à rendre « simple et accessible l’achat d’art contemporain » (Arts Council).
De la peinture au mobilier, en passant par la céramique, l’achat d’œuvres d’artistes vivants est facilité par un prêt à taux zéro, subventionné par l’Arts Council. Institution en charge du financement public de projets artistiques, l’Arts Council s’est inspiré d’un programme adopté il y a plus de 20 ans au Pays de Galles pour redistribuer les fonds de la loterie.
Dans la pratique, tout résident britannique, majeur et titulaire d’un compte en banque est éligible à ce prêt. D’un montant compris entre £100 et £2000 et remboursable en 10 fois, ce prêt concerne uniquement l’achat d’œuvres d’artistes vivants représentés par une galerie affiliée au programme. En janvier 2008, 250 galeries et 9900 acheteurs avaient joué le jeu.
Les objectifs de l’Arts Council
L’ambition d’Own Art est d’introduire l’art contemporain dans le quotidien des foyers britanniques. En instaurant une aide financière à l’achat, le programme vise cinq objectifs principaux :
- faciliter l’accès à la propriété d’œuvres d’artistes vivants
- démontrer que la possession d’art contemporain peut concerner un vaste pan de la société, au-delà des catégories sociales traditionnellement collectionneuses
- stimuler l’économie locale et régionale par la promotion d’un réseau de petites galeries d’art
- fournir aux artistes un revenu stable tout au long de leur carrière
- promouvoir l’art contemporain dans la diversité de ses supports
Sans avoir fixé d’objectifs chiffrés pour ce programme, l’Arts Council légitime son action par un double constat préalable :
- une enquête, selon laquelle 25% de la population britannique se déclare disposée à acheter une œuvre d’art contemporain, révèle doublement le potentiel de ce marché
- l’existence de nombreux freins à l’achat d’art contemporain, du sentiment d’infériorité ressenti par les acheteurs potentiels à l’opacité des règles du marché, expliquant la non concrétisation de ce potentiel.
Le schéma ci-dessous retrace les interactions entre les différents acteurs du monde de l’art contemporain et révèle l’importance du premier contact entre artistes et collectionneurs (phases 5 et 6). Own Art entend intervenir à ce niveau précis pour faciliter la rencontre de ces deux acteurs.

(source schéma: MORRIS HARGREAVES McINTYRE, TASTE BUDS : HOW TO CULTIVATE THE ART MARKET, OCTOBRE 2004.) - NB: cliquer sur le schéma pour l’agrandir.
Un bilan encore difficile à dresser
La multitude des buts poursuivis couplée à l’absence d’objectifs chiffrés rend tout bilan pour le moins difficile. Un bilan aux termes des premiers 18 mois du programme dégage cependant deux tendances principales :
- le programme semble avoir dynamisé la demande d’art contemporain, en attirant un nouveau public vers les galeries (30% des participants ont acheté de l’art contemporain pour la 1ère fois via le programme).
- les acheteurs recrutés grâce au programme ont un profil démographique très similaire aux clients antérieurs, ce qui tend à nuancer l’objectif de diversification de la base de collectionneurs britanniques.
Une enquête étudiant l’influence du programme sur les artistes participant doit être publiée prochainement.
A quand un Own Art français ?
S’il reste difficile, 5 ans après son lancement, de mesurer l’impact réel de ce programme, il a le mérite de relancer le débat sur la dynamisation du marché de l’art contemporain.
Car, si la France s’est illustrée par son système favorisant l’achat d’art contemporain par les entreprises, les collectionneurs particuliers n’ont pas fait l’objet d’une semblable dynamisation. Hormis l’exclusion des œuvres d’art de la base de calcul de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), peu de mesures favorisent un engagement croissant des particuliers. Très attendu, le rapport Bethenod, passé sous silence depuis sa remise au Ministère de la Culture en mars 2008, a volontairement écarté l’idée d’un Own Art à la française.
Selon les conclusions du rapport, l’échelonnement des paiements est déjà un outil de négociation et de fidélisation largement employé par les galeries, particulièrement pour des gammes de prix peu élevés. Le rapport postule qu’une telle mesure priverait les galeries d’un outil qu’elles utilisent déjà avec beaucoup de flexibilité. A défaut de recommander le développement de prêts à taux zéro, le rapport propose une transposition des mesures dédiées aux entreprises au profit des particuliers. L’achat d’art contemporain par un particulier pourrait alors être en partie déductible de son revenu imposable.
Si cette recommandation est tout à fait louable, et mériterait d’ailleurs d’être étendue aux professions libérales, l’exclusion d’un programme à la Own Art n’est-elle pas pour autant précipitée ?
Comme l’a bien souligné le rapport Bethenod, l’échelonnement des paiements est déjà une pratique largement utilisée par les galeries. En ce sens, le programme Own art n’est pas innovant. Son intérêt réside bien plutôt dans la médiatisation qu’il apporte aux mécanismes du marché. La communication autour de ces facilités de paiement concourt à une réelle pédagogie sur l’achat d’œuvres d’art. L’image obscure d’une transaction assurée par un galeriste expert, voir distant, laisse place à une plus grande transparence. Objet d’un réel plan de communication, le label Own Art a permis à l’Arts Council de populariser l’achat d’art contemporain, en disséminant ses règles auprès d’un large public. A ce titre, le programme est une véritable avancée en termes de visibilité pour l’ensemble des acteurs du marché.
L’arrivée de Frédéric Mitterrand au Ministère de la Culture s’accompagnera peut-être d’une réapparition du rapport Bethenod et d’un véritable débat sur les mesures à prendre pour dynamiser la demande des particuliers.
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